Dans un billet récent, Jean-François Lisée montre que le taux de suicide au Québec ne nous place pas dans une position si peu enviable, au niveau comparatif. Cela dit sans pour autant amoindrir le problème : un suicide est toujours un suicide de trop… Selon lui, le message maintes et maintes fois répété par la droite comme quoi le Québec est un champion du suicide lui sert bien pour « nourrir la machine à détester les Québécois ».
Ce que Lisée ne dit pas c’est : pourquoi est-ce ainsi, pourquoi est-ce utile pour ce groupe de dénigrer la société québécoise? Il doit bien avoir sa petite idée, mais je vais me permettre une tentative d’explication. Premièrement, pour espérer convaincre les gens de les suivre, il est utile de démontrer que le Québec va mal, très très mal. Pouvoir démontrer, même faussement, un taux de suicide très élevé et dans le peloton de tête au niveau mondial est un cadeau du ciel dans une optique guerrière. En espérant que cela laissera sous-entendre (avec un peu d’aide bien sûr) que la cause principale de cet incroyable mal-être est le système québécois, basé sur la social-démocratie depuis assez longtemps pour laisser une marque profonde.
Si la population a l’impression que tout va bien, enfin, que nous ne sommes vraiment pas dans une situation catastrophique, elle n’aura pas le goût du changement. Le message comme quoi les finances publiques vont extrêmement mal, ainsi que l’économie (surtout à cause de l’État), participe à ce désir de provoquer la panique. Il y a une différence entre pointer les problèmes et les exagérer. Vous comprendrez que je ne suis pas en train pour autant de dire que tout va bien. Le gros du problème concerne l’hypertrophie, l’amplification.
C’est dans leur jeu de répéter et de répéter des vérités tronquées et de les laisser s’installer dans l’inconscient collectif, si tel concept a du sens. Un peu à la manière des légendes urbaines, ce matraquage d’idées laisse des traces profondes puisque les avis contraires et documentés comme celui de Jean-François Lisée ne peuvent agir comme contre-poison pour tout le monde… L’univers médiatique est morcelé et l’information, même si elle est accessible, n’est pas consultée par tout le monde, bien entendu.
Voilà pour ma tentative d’explication, mais quand même, je serais malhonnête si je ne soulevais pas en terminant que la gauche a aussi cette tendance au gonflement. J’ai l’impression que c’est peut-être moins marqué, mais ma subjectivité m’empêche de bien le voir, étant donné mon penchant de ce côté. Je vais laisser ça à d’autres.
(Photo : menza)